Curiosités

C’est par le volume exceptionnel du canyon souterrain que les grottes de Škocjan se distinguent des autres grottes, et c’est ce volume qui les met au rang des curiosités souterraines mondialement connues.
Il s’agit d’un canyon souterrain long d’environ 3,5 kilomètres, large de 10 à 60 mètres et haut plus de 140 mètres. Il s’élargit à quelques endroits pour former de vastes salles souterraines. La plus grande, c’est la Salle de Martel qui, par son volume de 2,2 millions de m3, est considérée être une des plus grandes salles souterraines au monde, elle est aussi la plus grande salle souterraine qui ait été découverte en Slovénie.

Il est intéressant qu’un canyon souterrain si spacieux se termine par un assez petit siphon qui, lors de plus grandes précipitations à l’extérieur, ne réussit plus à laisser passer d’énormes quantités d’eau affluant dans la grotte et provoque la diminution du débit des eaux entraînant ainsi d’importantes inondations s’élevant jusqu’à 100 mètres au-dessus du niveau normal.

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(…) tu feras des libations à tous les morts, de lait mielleux d’abord, puis de vin doux, puis enfin d’eau, et tu répandras par-dessus de la farine blanche (…),
ayant prié les illustres âmes des morts, sacrifie un mâle et une brebis noire, tourne-toi vers l’Érébos, et, te penchant, regarde (…),
écorcherles animaux égorgés par l'airain aigu, de les brûler et de les vouer aux dieux, à l’illustre Aidés et à l’implacable Perséphonéia.

(Homère, Odyssée, chant X, traduit parLeconte de L’Isle)


L’épopée de Homère décrit ce que les anciens Grecs pensaient du monde souterrain : que les volcans et les cavernes sont l’entrée dans le royaume des ombres. Avant d’entrer dans l’autre monde, Ulysse fait une offrande de boisson et un holocauste aux divinités souterraines, Hadès et Perséphone. L’épopée de Homère, un des plus anciens écrits conservés, date de la première moitié du VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Les découvertes dans la Grotte des mouches près de Škocjan datent de cette même époque. Les archéologues y ont découvert plus de 600 objets de fer datant de la période entre le XIIe et le VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Les hameaux à Škocjan et à Gradišče et surtout de nombreuses nécropoles et autres riches découvertes archéologiques démontrent l’importance de cet endroit au premier millénaire avant Jésus-Christ. Les objets brûlés et cassés découverts, pour la plupart des armes et des os d’animaux, témoignent que, à l’âge du bronze tardif, des rituels d’offrande aux divinités, vraisemblablement similaires à ceux décrits par Homère dans le fragment précité, avaient lieu au-dessus de la grotte. A en juger par les découvertes, les hommes venaient à ce centre de culte des lieux éloignés plusieurs centaines de kilomètres, à savoir des Alpes, de la plaine pannonienne, des Balkans et de la Grèce. Les entrées imposantes dans le souterrain et les scènes dramatiques de l’entrée des eaux dans le monde sombre de l’au-delà donnaient à Škocjan, il y a trois millénaires, un grand pouvoir religieux symbolique et ont fait de lui un lieu de culte difficilement comparable à quelque lieu que ce soit en Slovénie et loin à la ronde.

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Grâce aux conditions micro-climatiques particulières, un écosystème exceptionnel s’est développé dans la Grande doline et la Petite doline. Ainsi des espèces alpines (ex. Primula auricula, l’auricule) et méditerranéennes (ex. Adianthum capilis-veneris, les cheveux-de-Vénus) poussent l’une à côte de l'autre ce qui est un phénomène extrêmement rare dans la nature. Cette coexistence est rendue possible par la nature des habitats des représentants des espèces alpines qui poussent sur les roches dans de l’ombre des dolines où, même en été, le soleil brille rarement et où il reste froid pendant toute l’année. Ce n’est que dans ces conditions que ces plantes sont capables de survivre. Au contraire, les représentants des espèces végétales méditerranéennes ne se maintiennent que dans les endroits où les températures ne baissent jamais au-dessous de zéro, ce qui est possible sur le plafond de la Salle de Schmidl où, du à l’air de la grotte, les températures ne baissent jamais au-dessous du point de congélation, pas même en hiver.

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Les dolines d’effondrement et les gouffres-pertes dans les grottes de Škocjan ont été mentionnés déjà dans l’antiquité et marqués sur les cartes au XVIe siècle : Valvasor les a décrit en 1689 et les voyageurs les ont visités déjà au XVIIIe siècle. Ainsi, on trouve la mention du visite que le peintre français Cassas a fait dans les grottes en été 1782; il a aussi peint la Reka et les dolines d’effondrement. Le livre d’or a été introduit en 1819. Un sentier, aménagé en 1823, qui menait au fond de la Grande doline, a présenté un grand encouragement pour les visiteurs. 1884, l’an où la Section de Primorska du Club alpin allemand-autrichien a pris à bail les grottes et commencé à organiser des visites touristiques guidées, marque le début du vrai tourisme. Dans les notes de Schmidl, écrites en 1853, on peut lire que les visiteurs n’étaient qu’au nombre de 150 par an. Au début du XXe siècle, les données relatives au nombre de visiteurs sont déjà disponibles : en 1903, 2230 billets d’entrée ont été vendus, deux ans plus tard, ce nombre est passé au 3013.

Ecrit par: Samo Šturm, Borut Peric